29th Infantry Division

   

  

  

  

  

  

  

  

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29TH DIVISION - LIBERATION DE COLOMBIERES

8-9 June 1944

Après le difficile débarquement du mardi 6 juin 1944 sur les plages de Vierville sur Mer et Saint Laurent sur Mer, les troupes américaines avaient réussi à se créer une tête de pont. Nettoyant tout le secteur au Sud de la plage d'Omaha Beach, et recevant des renforts importants par la mer, la 29ème Division d'Infanterie (Garde Nationale) avait progressé vers Grandcamp, puis Isigny sur Mer pris le 8 juin.

Plus au Sud, le ll5ème Régiment d'Infanterie, l'un des trois régiments d'infanterie de la 29ème Division, avait dépassé la route de Bayeux à Isigny entre Longueville et La Cambe.

Pour les Américains il s'agissait maintenant de passer à l'étape suivante: pousser au plus vite vers Saint Lô, afin d'assurer aux troupes qui continuaient à débarquer une zone suffisamment importante pour permettre leur déploiement avant de prendre l'offensive qui devait libérer la France.

 

Au Nord de Colombières tout le marais de l'Aure avait été maintenu inondé par les Allemands. Dans cette zone il y avait de l'eau partout, tantôt jusqu'à hauteur des chevilles, mais souvent jusqu'aux hanches et plus, avec de nombreux fossés et canaux à franchir. Les Allemands considéraient cet obstacle comme infranchissable, et ils avaient placé leurs rares troupes de réserve ailleurs.

Les douze chars que les Allemands avaient camouflés dans l'avenue du château de Colombières et le Bois des Brûlettes étaient partis le 6 juin au lever du jour. De même, la "Kommandantur" avait quitté le château (elle était initialement dans le bourg, dans l'actuelle maison de Mr Fernand Guillouf). Les soldats allemands avaient évacué le village, et dans les abris qu'ils avaient creusés quelques habitants avaient trouvé refuge.

Pour exploiter cette faiblesse du dispositif allemand, les Américains ont décidé de traverser, à pied, tout le marais inondé en direction de Vouilly, Colombières et Bricqueville. Avant de s'engager, des patrouilles américaines avaient été envoyées partant de Canchy et Ecrammeville vers le Sud dans l'après-midi et la soirée du jeudi 8 juin. Simultanément, des tirs d'artillerie étaient déclenchés, a priori, pour harceler les véhicules allemands pouvant circuler sur la route de Bernesq à Isigny. Quelques maisons de Colombières ont ainsi été touchées et incendiées dans le bourg (celles de Mr Guillard et de Mr Albert Dupont, ainsi que l'atelier de menuiserie et la maison de Mr Guillouf). Plusieurs habitants ont été tués -. Jean Delamotte, Victor Jugan, Eugène Pitrel, et plusieurs autres blessés: Georges Madeleine, André Jugan,... (plus Raymond Lemonnier tué vers Vouilly).

Parmi les patrouilles américaines, il en est une, la plus connue, qui est venus le jeudi 8 juin au soir jusqu'à Colombières à la Ferme des Hutereaux (actuellement Mr Lucien Meslin). Cette patrouille était commandée par le Lieutenant Kermit C. Miller, 3ème Section, Compagnie E,  2ème Bataillon, 115ème Régiment d'Infanterie. Partie de Longueville Ecrammeville vers 17h30, la patrouille comprenait 28 hommes, dont un opérateur radio.

Pataugeant, glissant, trébuchant dans la boue du marais inondé, les hommes de  la patrouille ont été arrêtés quelque temps après par un canal plus profond. Le Lieutenant Miller, voyant sur la rive opposée une barque amarrée (appartenant à Mr Albert Moulin, père) a traversé à la nage et ramené l'embarcation pour permettre le franchissement de la patrouille.

Un peu plus loin, la patrouille a rencontré Mr Moulin. Un obus étant tombé près de sa ferme, à La Poterie, et sachant que plusieurs personnes avaient été tuées ou blessées dans Colombières, Mr Moulin avait décidé de mettre sa famille à l'abri dans un fossé vers le marais. Dès qu'il a vu les soldats américains en patrouille, Mr Moulin s'est porté vers eux en agitant un drap blanc. Rencontrant le Lieutenant Miller, il lui a demandé de faire cesser les tirs d'artillerie sur Colombières car il n'y avait plus d'Allemands là-bas. Le Lieutenant Miller a transmis ce renseignement par son poste radio, et plus aucun obus n'est tombé sur le village ensuite.

Après avoir noté sur sa carte la position exacte de la Ferme de La Poterie, le Lieutenant Miller a repris sa progression vers Colombières. Trois soldats allemands, en avant-poste isolé, ont été capturés au passage avant qu'ils ne puissent donner l'alarme. Plus loin, la patrouille a rencontré Mme Launay (marchande de poteries et vaisselle à Colombières), qui a indiqué que plusieurs Allemands se trouvaient encore à la Ferme des Hutereaux. Arrivés vers trois heures du matin, ils y avaient réquisitionné MM Meslin père, Launay et Mouillard pour leur faire creuser un emplacement pour un PC d'artillerie.

Manœuvrant en silence, dans l'obscurité qui tombait, la patrouille a encerclé la ferme. Le Lieutenant Miller a crié aux Allemands de se rendre en tirant deux coups de pistolet en l'air. Une douzaine de prisonniers ont été faits par la patrouille, sans aucune réaction. A ce moment trois (ou quatre) véhicules allemands, dont une ambulance, arrivant sur la route ont été stoppés par les tirs des américains (le Lieutenant Miller a même utilisé un bazooka). Un blessé allemand coincé sous un des véhicules a été dégagé par les prisonniers et les soldats de la patrouille. C'est alors qu'est arrivée une moto avec side-car, montée par deux motocyclistes allemands. Un soldat américain (1ère Classe George Sedor) a tiré avec une grenade à fusil, mais sans enlever la goupille de sécurité! - et les deux motocyclistes ont pu culbuter et disparaître dans un fossé proche.

Lorsque le combat a cessé, il restait sur place 8 (9 ?) tués allemands dont un officier (Ils ont été enterrés deux jours après dans le cimetière de Colanbiêres par MM Debert, Chedeville, Esline et Gueudin). La patrouille ramenait 17 prisonniers avec elle, dont un officier médecin, mis trois soldats américains avaient été blessés pendant l’engagement: le Sergent Charles Racine, et les 1ère Classes Cleaverne Sharpe (blessé à l’estomac) et Joseph Burns (blessé au genou).

Avec ses blessés et ses prisonniers, le Lieutenant Miller s'est replié jusqu'à la Ferme de La Poterie. Arrivant là vers minuit, la patrouille s'est installée défensivement. Les fenêtres de la ferme ont été calfeutrées avec des couvertures apportées par Mr Moulin, et les blessés ont été soignés (le médecin allemand a même extrait deux balles de la poitrine du Ière classe Sharpe, à la lueur d'une lampe torche). Pendant ce temps le reste de la patrouille buvait du lait fourni par Mr Moulin. Vers 2 heures du matin, pour éviter toute méprise, le Lieutenant Miller a signalé sa position en tirant une fusée rouge.

Il semblait impossible de traverser le marais inondé dans l'obscurité. Pourtant le 115ème Régiment d’Infanterie avait commencé à se mettre ne place pour un franchissement pendant les dernières heures de la nuit. Vers 4 ou 5 heures du matin, le Lieutenant Miller a réuni ses sous-officiers (dont le Sergent James Mc Cauley) pour leur dire qu'il fallait reprendre le chemin du retour vers Canchy, où se trouvait sa compagnie E et le 2ème Bataillon. Pour ce trajet, le 1ère Classe Sharpe a été transporté par 4 prisonniers allemands sur une civière de fortune, une porte décrochée dans la ferme.

Après avoir livré ses 17 prisonniers et fait évacuer ses 3 blessés, le Lieutenant Miller et sa section ont rejoint le 2ème Bataillon, avant son départ vers Colombières en fin de matinée. Les hommes de la patrouille traversèrent le marais inondé pour la troisième fois en moins de 24 heures !

Le 2ème Bataillon a marché toute la journée du vendredi 9 juin. Passant par Colombières et Vouilly, il est parvenu à la nuit tombée, au Carrefour des Vignes aux Gendres, près de Cartigny L’Epinay. Là, tandis que les soldats américains s'installaient pour se reposer pendant la fin de la nuit, le bataillon a été surpris par un détachement allemand en repli. Pendant cet engagement le Lieutenant Miller a été tué, et il repose désormais, avec beaucoup d'autres, au cimetière militaire américain de Colleville sur Mer. (A titre posthume, il a reçu la prestigieuse décoration américaine de la Distinguished Service Cross - D.S.C., pour la façon dont il avait mené sa patrouille vers Colombières).

Revenons en arrière. Que s'était-il passé au matin du vendredi 9 juin ?

Dans le secteur de Colombières les derniers artilleurs allemands s'étaient repliés dans la nuit par la route de Mestry. Coté américain, chacun des trois bataillons du 115ème Régiment d'Infanterie avait reçu l'ordre de la 29ème Division de traverser le marais inondé, chacun dans un endroit différent.

Le 3ème Bataillon (Major Victor Gillepsie, puis Captain Grat Hankins) parti de Cauchy bien avant le lever du jour vers Colombières, a du faire demi-tour au bout de 500 mètres, après avoir rencontré un fossé trop profond. Appelé en renfort, le 12lème Bataillon du Génie est venu après le lever du jour, avec des bateaux légers transportés sur des petits engins chenillés amphibie. Assemblés en petits bacs qu'il fallait parfois tirer à pied, ces bateaux ont servi de passerelles légères pour les franchissements difficiles. Les soldats glissaient et tombaient dans l'eau boueuse, trempant équipements et armes, ou même perdant musettes, casques, et pelles individuelles.

Sans réaction des Allemands, heureusement, le sol ferme fut atteint vers le Bois des Brûlettes. Equipés de chaussures à semelles de caoutchouc, les soldats américains sont parvenus jusqu'à Colombières, en longues colonnes silencieuses, précédées par des éclaireurs prêts à tirer à la moindre alerte. Le 3ème Bataillon n'a rencontré aucun soldat allemand, sauf un tireur isolé caché dans le clocher de l'église. Ce tireur a disparu à la première riposte (on voit encore les traces de projectiles sur la face Nord du clocher). Un petit véhicule de liaison allemand arrivant peu après de Vouilly, a fait aussitôt demi-tour, mais ses deux occupants ont été tués.

Pour protéger l'approche des deux bataillons suivants, le 3ème Bataillon s'est placé en position défensive tout autour du bourg. A l'Est, vers Bricqueville, après être passée sur les lieux de l'embuscade de la patrouille Miller, la compagnie I du 3ème Bataillon (Lieutenant Colin McLaurin) a eu deux soldats blessés par des tireurs allemands isolés.

La population, impressionnée par ces soldats aux uniformes boueux et mal rasés (ils avaient combattu sans répit depuis leur débarquement, trois jours plus tôt) et toujours sous le choc des tirs d'artillerie de la veille, est sortie peu à peu de ses abris pour offrir cidre, vin blanc, ou lait En fin d'après midi, le 3ème Bataillon est reparti vers le Sud, jusqu'aux environs de La Folie où il s'est installé défensivement pour la nuit. C'est le P.C. du 115ème Régiment d'Infanterie (Colonel Slappey), qui est alors venu s'établir à proximité de Colombières.

En fin de matinée, le 1er Bataillon (Major Morris) a fini par suivre les traces du 3ème Bataillon, après avoir un peu tourné en rond en partant d'Ecrammeville. Arrivé à Colombières, ce 1er Bataillon a obliqué sur sa gauche, vers Bricqueville, où il a rencontré plusieurs tireurs isolés allemands, bientôt renforcés par quelques blindés. Des tirs d'artillerie effectués par les obusiers de 105mm de la batterie d'appui du 115ème Régiment d'Infanterie ont permis de repousser les Allemands. A la nuit, le 1er Bataillon s'est installé autour de Bricqueville, chaque homme creusant son emplacement de combat individuel.

Il était prévu que le 2ème Bataillon (Lieutenant Colonel William Warfield) traverse la vallée de l'Aure par la chaussée allant de La Cambe à Vouilly qui avait été coupée par les allemands à hauteur des quatre ponts. Finalement, le 2ème Bataillon a suivi le même itinéraire que les deux autres, en utilisant les bateaux mis en place dès le matin. A partir de Colombières, le 2ème Bataillon a poussé jusqu'à Monfréville La Bellaie, puis le Bois de Calette et Vouilly, où il lui a fallu neutraliser quelques observateurs d'artillerie allemands protégés par des tireurs isolés. A la poursuite de ces tireurs, le 2ème Bataillon s'est laissé entrainer en fin d'après midi jusqu'à Mestry et même La Folie. Repartant sur la bonne direction, les soldats américains ont fini par atteindre, vers minuit, le carrefour des Vignes aux Gendres, sur la route de Lison à Saint Marcouf.

Epuisés par ces marches et contremarches, et sans ravitaillement, les Américains exténués ont été surpris dans leur premier sommeil par une unité allemande, précédée de quelques canons d'assaut, en retraite de Castilly vers le Sud. Dans la nuit, le combat très confus a vite tourné à l'avantage des Allemands qui ont laissé derrière eux 31 soldats américains tués, dont le Lieutenant Colonel Warfield commandant le bataillon, ainsi que quatre autres officiers (dont le Lieutenant Miller). Le reste du 2ème Bataillon avec 77 blessés (dont 5 officiers) s'était dispersé en désordre dans la campagne environnante perdant 58 hommes prisonniers, et 10 disparus.

C'est le vendredi 9 juin, vers 19 heures, que les premiers véhicules américains ont pu utiliser la chaussée de La Cambe à Neuilly dont les ponts aient été remis en état par le 254ème Bataillon du Génie. Ces véhicules sont allés jusqu'à Colombières; en particulier, c'est en jeep que le général commandant la 29ème Division, le Major Général C. H.Gehrardt, est venu pour s'informer de la situation du 115ème Régiment d'Infanterie et donner ses ordres dans la nuit du 9 au 10 juin.

Le lendemain matin, samedi 10 juin, les obusiers du 110ème Régiment d'Artillerie sont arrivés par cette même voie pour appuyer au plus près les fantassins américains, à partir de positions de tir entre Colombières et Corainville Mestry.

 

Michel Henry

Colonel de l'Armée Française (Retraité)

 

First Lieutenant Kermit C. Miller - 29th Division, 115th Regiment

Distingushed Service Cross citation: The President of the United States takes pride in presenting the Distinguished Service Cross (Posthumously) to Kermit C. Miller (0-2040751), First Lieutenant (Infantry), U.S. Army, for extraordinary heroism in connection with military operations against an armed enemy while serving with the 115th Infantry Regiment, 29th Infantry Division, in action against enemy forces on 8 June 1944. First Lieutenant Miller's intrepid actions, personal bravery and zealous devotion to duty at the cost of his life, exemplify the highest traditions of the military forces of the United States and reflect great credit upon himself, the 29th Infantry Division, and the United States Army. (Headquarters, Ninth U.S. Army, General Orders No. 7 (1945))

Copyright: Laurent Lefebvre